Une sortie a Brouennes est l'occasion d'une réflexion sur le montage des mouches

Publié le 5 Septembre 2010

 
          Salut à tous,


          Ce samedi 21 août, nous sommes allés pêcher dans les étangs de Brouennes. Cette
partie de pêche dont l'intérêt a été diversement partagé a, en ce qui me concerne, été
finalement positive. Je m'en explique dans la suite du texte.


          Tout d'abord, je profite de l'occasion pour remercier notre ami Philippe DEGUELDRE
d'avoir organisé cette sortie, notre Club a besoin de ce type d'activité et les initiatives de
Philippe et de Jean sont plus qu'appréciables.


          Revenons à Brouennes, les conditions météorologiques n'étaient pas idéales. Il
faisait trop chaud, trop lumineux pour pêcher valablement dans cet étang peu profond, il
était assez difficile de trouver la bonne technique de pêche et ferrer régulièrement du
poisson tout au long de la journée, et personne ne trouva LA bonne technique. Les
résultats de chaque pêcheur ont été très irréguliers, soit très peu de captures, soit un bon
début le matin et plus rien le reste de la journée, soit une fin d'après-midi bénie, offrant à
un ou deux pêcheurs de multiples captures. Que peut-on conclure d'une telle journée?
Elle est peut-être beaucoup plus bénéfique qu'un bonne journée de pêche pendant
laquelle tout le monde prend du poisson sans trop de difficulté. Je vais tenter d'expliquer
ce paradoxe apparent dans le petit texte qui suit.


« L'infortune est la sage-femme du génie. » (Napoléon 1er)


          Il serait excessif de prétendre que cette journée m'a permis d'atteindre au génie,
mais il est certain qu'elle m'a offert l'occasion de parfaire une réflexion née il y a plusieurs
mois et, peut-être, l'opportunité de mettre au point l'une ou l'autre mouche originale et
parfaire son utilisation.

 


          Donc, ce samedi, la pêche a été difficile sinon aléatoire, voici le film personnel de la
journée.


          Je débute la pêche le matin par l'utilisation d'une soie intermédiaire, long bas de ligne
et deux streamers, un noir et un blanc. Deux ou trois lancers suffisent à établir un contact
avec le poisson, mais, au ferrage, rien. Encore un lancer, une touche et je retire ma ligne
avec le streamer blanc manquant, la potence a été coupée nette, l'oeuvre d'un brochet?
Marie prend une truite au streamer orange et Jean-Paul ferre ses premières truites avec
un leurre que je ne connais pas, Noel capture quelques poissons avec l'aide d'un
spermato. La matinée progresse, je n'ai toujours rien capturé. J'ai changé de méthode,
l'utilisation d'un boobie associé à un petit streamer m'a rapporté quelques tirées mais
aucune capture. Pour les amis qui avaient bien débutés, les captures se raréfient ou
cessent carrément, pour les autres, débute la longue recherche, soit de l'endroit de
l'étang, pas bien grand, abritant quelques truites rassemblées, soit de la mouche ou de la
technique adéquate, toutes ces recherches produisant des résultats très précaires. La
suite de la journée s'annonce donc assez laborieuse. Le repas de midi arrive à point
nommé pour remonter un peu le moral.


          Le dernier café, la dernière bière sont avalés rapidement. Deux de nos amis ont,
peut-être, pris la sage décision d'abréger leur journée et ils sont sur le chemin de retour
vers la Belgique et leur maison.


          La pêche recommence l'après-midi pour dix pêcheurs arpentant les berges du plan
d'eau, le regard interrogatif. Pour ma part, j'estime que l'attente d'une première capture a
assez duré et je décide d'adopter la tactique qui rapporte, la technique qui capture. A partir
de ce moment, ma façon de faire , en marge de son folklore, pourrait être considérée
comme assez douteuse. En fait j'opte pour la pêche avec l'aide de ce que je nomme la
« nymphe » Berkley, c'est-à-dire une teigne en matière plastique de marque Berkley
montée, cette fois-ci sur un hameçon simple avec l'ardillon écrasé, une larve nue en fait.
J'utilise une soie légère de grade 5 et un long bas de ligne. Pour faire couler la teigne
j'ajoute, horreur, un plomb sur le bas de ligne. Le tout est lancé plus ou moins habilement
assez près de la berge. Je « tricote » lentement la ligne et j'enregistre la première touche
mais pas la première prise. Re-lancé, re-tricotage et re-touche, mais pas de capture.
L'étang est peu profond à cet endroit, donc j'enlève le plomb, je lance de nouveau cette
improbable « nymphe » Berkley, elle descend lentement vers le fond, je tend la ligne et je
débute un « retrieve » très lent. Le résultat ne se fait pas attendre et j'enregistre la
première touche nette de la journée et la première capture, en sus, la truite est de belle
taille. Quatre captures se succéderont avec ce montage.


« Ce n'est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité. » (J. LACAN)


          Le sentiment de culpabilité fonctionne assez bien dans un cas semblable, je sens
fondre sur moi l'opprobre de tous les grands maîtres de la pêche à la mouche,
j'abandonne la « nymphe » Berkley et cherche, dans ma boite, une mouche digne de ce
nom. La confiance aidant, je capture de nouveau l'une ou l'autre truite, un peu par hasard.
Sur la berge opposée, l'ami Roger cartonne avec l'aide d'un boobie et d'un mode de pêche
atypique, j'y reviendrai.

 

Quel est l'enseignement à retirer de l'usage de la « nymphe » Berkley?


          J'ai déjà utilisé, dans le passé, la teigne de plastique, je l'avais associée à quelques

plumes et à un plombage en tête, mais ce montage s'était révélé inopérant. J'avais
simplifié le montage en mettant l'accent sur la teigne, en éliminant presque toute autre
matière, mais, à part l'une ou l'autre capture, rien de déterminant. Pourtant, la teigne
utilisée seule, en rivière, en pêche au toc, fonctionne bien. J'en étais resté là jusqu'à ce
jour, car la teigne n'est pas vraiment la solution miracle lors de nos parties de pêche en
étang, comme ne l'est pas forcément l'»oeuf » ou le boobie!! Alors, pour quelle raison
étais-je arrivé à séduire quelques truites ce samedi? J'ai tenté d'analyser la situation et la
première observation a mis en lumière le fait que les truites attendaient manifestement
une proie libre descendant lentement dans l'eau, j'ai dû enlever le petit plomb du bas de
ligne pour enregistrer la première capture. La seconde observation a laissé apparaître le
fait que le stimulus de ce leurre n'est pas surchargé d'effets multiples, le corps de la teigne
est approximativement cylindrique d'un diamètre de 4 mm, long de trois centimètres et de
couleur crème (rien à voir avec un granulé), il a une consistance très tendre, il est
recouvert partiellement de paillettes, c'est tout. La teigne Berkley est également chargée
d'attractants, cet aspect n'est pas négligeable dans l'attrait de cet appât, mais l'attractant
se lave lors de l'action de pêche et je n'ai jamais rechargé l'appât en le trempant dans le
pot dans lequel il est vendu.


Observation – raisonnement – technique de pêche.


          A ce moment de l'observation, il m'est apparu que l'on utilise assez régulièrement
des leurres présentant des stimulus visuels variés, suivant en cela une certaine logique
de provocation de l'agressivité du poisson avec l'aide de moyens variés. Le samedi 21
août, les truites de Brouennes étaient attentives à des stimulus simples, réduits (quoique,
la technique du boobie utilisée par Roger contredirait cette observation! Mais ce n'est

qu'une apparence). L'utilisation de cette larve molle, de couleur uniforme, de forme simple,
brillant faiblement et comportant accessoirement une « odeur » particulière, a
certainement été une des réponses correctes à un état de faible activité justifié par les
conditions météorologiques. La présentation a joué également son rôle, la larve était
présentée comme libre (bas de ligne très souple), peu active (contrairement à la technique
de Roger le même jour! Mais j'y reviendrai).


          J'ai bien dû constater que je n'avais rien de semblable dans mes boîtes, aucune
mouche au stimulus simple, au corps mou et juste assez lourde pour descendre lentement
dans l'eau au bout d'un bas de ligne souple. Manifestement, il y a un manque et cela vaut
vraiment la peine de se pencher sur le problème, les jours « sans » étant
proportionnellement un peu trop nombreux.


          A partir de cette expérience, je désire lancer, au sein du Club, une recherche de
montage pour créer quelques mouches novatrices (et non emprunter les éternelles copies
venant de la compétition) réunissant quelques particularités originales peu ou pas
présentes dans nos mouches habituelles.


« Une confrontation permanente entre théorie et expérience est une condition
nécessaire à l'expression de la créativité. » (P. JOLIOT)


Je reprends donc, dans le tableau suivant les caractéristiques de la fameuse « nymphe »
Berkley:

 

_ un corps mou, tendre, souple.
Nos mouches ont un corps plus ou moins dur, dureté provoquée par
l'hameçon sur lequel elles sont montées. Les matériaux sont généralement
rugueux. Monter une mouche tendre, souple, un peu comme un leurre en
plastique utilisé par les pêcheurs de carnassier n'est pas très courant. Cela
vaut la peine de chercher!
_ Des stimulus visuels peu nombreux, un corps allongé, globalement
cylindrique, sans appendices, de couleur unie et accessoirement
agrémenté de paillettes (elles sont lavées lors de l'usage).
Souvent, nos mouches, pour répondre aux divers aspects de
l'agressivité des poissons, sont surchargées de stimulus visuels, couleurs
différentes sur la même mouche, appendices plus ou moins importants,
fibres souples suggérant le mouvement (frénétique!), matières différentes
(densité, forme, raideur, ...). Certaines nymphes montées par nos soins sont
cependant relativement simples et globalement cylindriques mais pas assez
tendres sous la dent des truites.
Les pêcheurs de carnassier emploient des leurres de plastique assez
étonnants, les slugs. Ils ressemblent à des frites molles, plus précisément

souples, monochromes, avec éventuellement quelques paillettes, sans
appendices et très mobiles. Mais ces slugs, attachés très librement sur un
hameçon relativement petit par rapport à leur taille, sont utilisés avec une
réelle parcimonie d'animation!!! Qu'attend -t-on pour creuser la question?
_ Un attractant, produit sapide et odorant supposé attirer le poisson.
Je ne désire pas minimiser le rôle de l'attractant dont sont pourvus
certains leurres, mais ils n'attirent jamais les poissons à 5 mètres à la ronde.
L'expérience faite ce samedi 21 août m'a fait observer des poissons qui
commençaient à réagir au moment où la larve touchait leur museau. La
différence est, qu'à ce moment, le poisson se saisissait plus franchement de

l'appât et le recrachait moins vite (cela rappelle le comportement d'une truite
devant un « oeuf » de saumon « parfumé » au mucus d'une autre truite). En
fait, l'observation m'a appris que nos mouches sont souvent repoussées du
museau par une truite attirée par un stimulus visuel, un peu à la manière d'un
chat repoussant, d'un coup de patte, une pelote de laine non comestible.
Dans ces conditions, nous enregistrons des touches sans capture possible. Il
ne faudrait peut-être pas négliger cette possibilité de « parfumer » nos
mouches pour inciter la truite à s'en saisir plus franchement. Nous devrions
sérieusement réfléchir à cette utilisation de l'attractant dès l'instant où nous
ambitionnons de capturer régulièrement du poisson!!!


En conclusion.


Cette journée de pêche à Bouennes est peut-être l'occasion de lancer une recherche de
montage de nouvelles mouches suivant des principes originaux, peu ou pas exploités.
Habituellement, nous montons des mouches, certes variées, mais en suivant toujours les
mêmes principes. Plus rarement, nous récupérons un montage original tel que le Chiro
Araignée, mais, à peine acquis, il est déjà dépassé!
Je pense sincèrement que notre Club peut avoir un vrai rôle de précurseur en la matière
et, qui sait, acquérir une notoriété très justement basée sur son activité principale, le
montage des mouches.


A nos étaux, à nos carnets de note et que l'imagination soit notre motivation, nous
pouvons très bien ne pas être d'éternels suiveurs. Et subsidiairement, cela nous
laisse augurer de multiples sessions de pêche en étang avec un intérêt
incontestablement renouvelé par les essais de nos créations.

 

 

                                    Georges DEFAWES,

                                    le 23_08_2010

Rédigé par filou

Repost 0
Commenter cet article